Retrait des États-Unis de l’Accord de Paris : les professeurs de TBS s’expriment !

Le capitol à Toulouse

Suite à la décision du président des États-Unis Donald Trump de se retirer de l’Accord de Paris sur le climat, trois professeurs de Toulouse Business School (TBS) ont fait entendre leur voix. Louise Curran, Delphine Gibassier et Gilles Lafforgue livrent leur point de vue sur ce « no » qui a fait trembler la planète.

Louise Curran, professeur de Marketing/International Business à la TBS.

Le département Marketing et International business vise à former les étudiants ou les professionnels aux métiers du marketing dans un contexte international, au sein de bachelors, masters, mastères spécialisés ou formations continues. Un objectif ? Relever les nouveaux défis du marketing : hyperconcurrence, évolution des nouveaux médias, crises de la consommation, mais aussi environnementales, d’où l’entière légitimité de Louise Curran sur cette question sur le climat.

« Ils se rendront compte qu’ils ont marqué un but spectaculaire contre leur propre camp. »

« Tout le monde s’attendait à ce que Trump se retire (de l’Accord de Paris). C’est complètement cohérent avec sa vision du monde. L’Union européenne et la Chine (ainsi que le reste du monde) vont continuer avec les compromis accordés en 2015 et, de cette façon, des “emplois verts” seront créés dans ces pays-là. Dans quelques années, les États-Unis vont se réveiller avec un nouveau gouvernement et ils se rendront compte qu’ils ont marqué un but spectaculaire contre leur propre camp, en voulant sauver quelques emplois dans les mines de charbon et en laissant partir ailleurs beaucoup plus d’emplois (mieux payés et de meilleure qualité) dans le secteur de l’énergie solaire et éolienne. Leur perte est notre bénéfice, économiquement parlant, mais la planète va certainement se dégrader à cause de cette décision. »

Delphine Gibassier, professeur de Contrôle de Gestion, Comptabilité, Audit à la TBS et experte en responsabilité environnementale.

Le département Contrôle de Gestion assure une présence dans l’ensemble des programmes de la Toulouse Business School à travers des enseignements techniques. La responsabilité environnementale est au cœur des nouveaux enjeux des entreprises. En tant qu’experte, Delphine Gibassier s’exprime sur la décision de Trump.

« Ce grand pas en arrière est un élément clé pour la résistance. »

« L’abandon des accords de Paris pourrait avoir des conséquences inverses à celles que Trump espère. En fait, il y a deux tendances qui jouent en faveur des actions pour le climat et contre les négationnistes du changement climatique. En premier lieu, les investisseurs et les consommateurs sont devenus très actifs et ont provoqué de nombreux changements dans les entreprises, durant ces 15 dernières années. Malgré le fait que beaucoup de pays (et pas seulement les US) n’ont pas appliqué certaines régulations, la tendance est généralisée et traverse les frontières. En second lieu, ce grand pas en arrière est un élément clé pour la résistance et appelle à l’action des sociétés, des entreprises, des gouvernements locaux, des communautés scientifiques et des citoyens.

De la même façon, nous ne pouvons pas oublier que beaucoup des bonnes pratiques en termes de changement climatique sont nées aux États-Unis : le standard global pour la comptabilité carbone dans les entreprises, le GHG Management Institute et le premier Master en Comptabilité carbone qui a ouvert au Colorado il y a quelques années ; et tout ça, même si les gouvernements précédents n’ont pas toujours soutenu les actions pour le climat.

Notre recherche démontre que les moteurs des actions pour le changement climatique ne sont pas nationaux, mais globaux. Ils poussent les entreprises à agir, sans égard à la position de leur gouvernement. Cela se confirme par exemple par la naissance au niveau mondial, de la profession de Comptable environnemental, qui est en pleine croissance dans différents pays, et ce avec ou sans le soutien de leurs gouvernements, ou encore, avec ou sans législation spécifique. » 

Gilles LAFFORGUE, professeur d’Économie, de Finance et de Droit à la TBS, spécialisé dans le changement climatique.

Le département d’Économie et de Finance propose des enseignements pour la plupart dispensés en anglais, s’adressant aux étudiants souhaitant se spécialiser dans des domaines en lien avec les marchés financiers, suivant un bachelor, comme un Mastère ou un MBA. Le département de Droit amène les étudiants à maîtriser le droit des affaires, compétence primordiale dans le monde de l’entreprise. Le changement climatique faisant naître de nouvelles problématiques dans notre société, Gilles Lafforgue apporte son expertise sur le sujet.

« Bon nombre des États ont d’ores et déjà annoncé de prendre à contre-pied la décision de l’administration Trump »

« L’annonce par Trump du retrait des États-Unis — le deuxième pays émetteur de CO2 après la Chine — de l’Accord sur le Climat signé à Paris en 2015 provoque, sinon un vent d’inquiétude, du moins un raz de marais de consternations de la part de la communauté internationale. Dans les faits, ce retrait est toutefois à relativiser au regard du niveau d’engagement, somme toute assez modeste, en matière de réduction des émissions qu’avaient pris les États-Unis il y a 2 ans. Il n’est donc absolument pas certain que l’on assiste dans les mois à venir à un accroissement soudain des concentrations de CO2 dans l’atmosphère. Ceci est d’autant plus vrai qu’aux États-Unis, les politiques environnementales sont rarement menées au niveau fédéral et que chaque État a au contraire une certaine latitude dans leur pilotage. Or, bon nombre de ces États ont d’ores et déjà annoncé de prendre à contre-pied la décision de l’administration Trump et de poursuivre leurs efforts de de réduction des émissions carbonées comme ils s’y étaient engagés.

« Les risques de l’imminence d’une catastrophe climatique ne sont pas forcément accrus suite à ce retrait »

En outre, en affirmant agir ainsi pour venir en aide au secteur de l’extraction charbonnière et aux industries lourdes de la Rust Belt, les États-Unis soutiennent dans les faits l’activité type du 19e siècle, voire du 20e, qui est par nature la moins productive. À titre d’illustration, vouloir rendre à nouveau compétitif le charbon américain face à d’autres sources d’énergie primaire dont les prix ont fortement chuté ces dernières années (notamment le gaz, nettement moins polluant, mais aussi l’énergie solaire) nécessiteraient d’importants investissements et un recours aux subventions publiques qui au final, ne feraient qu’alourdir la facture pour les Américains. 

Donc si les risques de l’imminence d’une catastrophe climatique ne sont pas forcément accrus suite à ce retrait, on peut néanmoins déplorer un gaspillage d’énergie et une perte de temps par ailleurs précieux face à l’importance de ces enjeux. Mais les véritables perdants dans l’histoire sont sans aucun doute les pays en développement les plus vulnérables face aux bouleversements climatiques. En effet, en suspendant toute contribution au programme d’indemnisation de ces pays qui avait été mis en place par la COP 21, Les États-Unis ne font qu’aggraver encore un peu plus leur situation déjà précaire. »