Itinéraire d’un jeune devenu « Étudiant le plus drôle de France »

Crédit photo : Laura Gilli

Pour son édition 2018, le concours d’humoristes étudiants « Campus Comedy tour » a récompensé Paul Mirabel, étudiant le plus drôle de France.

Le début d’une carrière prometteuse

L’humour voit des artistes apparaître de partout, notamment avec l’arrivée d’internet qui a ouvert des portes à une multitude d’humoristes 2.0.
Paul, lui, est directement entré dans le vif du sujet : sur scène. C’est au cours d’un voyage à Londres avec un ami qu’il découvre le concours de « L’étudiant le plus drôle de France ». Il participe, organise le premier tour de sélection dans son école, se qualifie pour la finale à Paris pour, finalement, finir deuxième du concours. Une belle place certes, mais pas assez pour lui qui a déjà pris goût au stand-up. Ainsi commence la belle histoire.

C’est donc face à un public composé de près de 1000 personnes que le jeune humoriste en cinquième année d’école de commerce a réussi à décrocher le titre « d’étudiant le plus drôle de France » le 17 mars dernier.
Le fruit d’un travail de longue haleine puisque, le concours se compose de plusieurs tours de sélection organisés au sein des écoles participant à l’événement.

Entre étudiant et humoriste, ce n’est pas trop compliqué à gérer ?

Ce n’est qu’une question de rythme et d’organisation. Tous les trucs que je faisais, qui étaient un peu futiles, je les ai mis de côté cette année. Je ne passe plus une heure à jouer à la play. Maintenant, j’arrive à gérer, ce n’est qu’une question de volonté.

As tu toujours aimé faire rire les gens ?

En classe, je n’étais pas le perturbateur parce que je suis super timide, jamais je n’aurai osé crier fort ou être insolent. Par contre, je lâchais des bonnes punchlines aux mecs à côté de moi, tout doucement. J’étais toujours dégoûté parce que c’était eux qui le répétaient fort et qui faisaient rire le reste de la classe alors que ça venait de moi à la base. Mais sinon oui, j’ai toujours aimé faire rire, parfois contre mon gré, je me cogne contre des murs par exemple. Du coup, je me suis dit qu’il fallait que je capitalise ça.

            « Quand tu joues devant des gens que tu connais, ce n’est pas la vérité. »

Du coup, comment t’es-tu retrouvé à faire du stand-up ?

Comment je me suis retrouvé là ? (Rire) Bonne question. Pour l’anecdote, je suis allé passer un test de langue à Londres avec un pote, on s’ennuyait un peu et du coup, on regardait un spectacle d’humour tous les soirs. À la fin, on avait tout vu et sur YouTube, on tombe sur une vidéo où il y a écrit « Étudiant le plus drôle de France ». On s’est dit que je pourrais essayer, alors je contacte l’association de mon école qui m’envoie un peu balader. Donc moi, je la harcèle, et un jour elle m’appelle et me dit que dans deux mois je fais la première partie du Woop.

Étais tu déjà monté sur scène ?

Je crois que je n’étais jamais rentré dans un théâtre de ma vie. C’était une salle 400 places et je devais être marrant pendant 5-10 minutes, en plus je suis hyper timide. Il y avait quelques trucs marrants dans mon texte, (...) je l’ai rejoué dans des caves et ça n’a pas du tout marché. Du coup, après j’ai participé au Campus Comedy Tour où je suis arrivé deuxième.

Ça te plaît d’être humoriste ?

C’est cool parce que j’ai envie de m’orienter vers ça. Plusieurs fois par semaine, je vais dans des cafés-théâtres tester mon truc. Par rapport aux autres étudiants qui participaient au concours, j’avais l’avantage d’avoir déjà préparé mon sketch et je savais que si je mettais tous les ingrédients nécessaires ça se passerait bien. Je savais que je n’allais pas me prendre un bide sur scène.

Ça t’est déjà arrivé de faire un bide sur scène ?

Oui, à tout le monde je pense. Ce qui est fou, c’est qu’à trois jours d’intervalle, tu joues le même texte et selon les gens, selon les personnes avec qui tu passes, ça peut être différent. Une semaine avant la finale du concours, j’ai joué mon texte et les gens n’ont pas rigolé du tout. Ça arrive à tout le monde, même à des mecs confirmés.

Une inspiration de tous les horizons

Il y a des artistes qui t’inspirent ?

Je pense que ce n’est pas bien d’avoir des inspirations parce qu’après, inconsciemment, tu fais pareil. On ne s’en rend pas compte, mais parfois on prend le même flow ou la même démarche qu’un mec. Ce n’est pas forcement ta volonté, mais c’est ton cerveau qui te pousse à faire la même chose. Après j’aime beaucoup d’artistes, surtout dans la musique, il y en a qui m’ont « orienté », que ce soit dans la gestion de carrière ou autre.

Tu penses à qui ou quoi ?

J’aime bien Nekfeu, avant d’être connu du grand public, il a sorti 7 ou 8 projets en groupe. J’ai vu en interview qu’il écrivait énormément et qu’il mettait des textes de côté pour revenir dessus quelques années plus tard pour prendre 2 lignes d’un texte et les replacer dans un autre. J’aime bien le côté, je livre un truc fini, bien carré pour lequel je ne me suis pas précipité. Ça en revient à la productivité, un mec qui écrit à fond, il s’améliore forcément. Pour en revenir aux inspirations, mon premier délire c’était Gad Elmaleh. J’avais 10 ans, et je me rappelle du spectacle « L’autre c’est moi », je me suis dit « c’est ouf ce qu’il fait ! » Je savais que j’étais un peu marrant alors je me suis dit que j’allais faire pareil. En fait, toutes les formes artistiques m’inspirent, même les mecs qui font bien leur travail.

Et si ça la scène n’avait pas marché pour toi, tu aurais fait quoi ?

Je t’avoue que je n’ai jamais eu de plan B, je me suis toujours dit que l’humour était mon premier plan et que je ferai tout pour réussir. Si vraiment ça n’avait pas marché pour moi, j’aurais bien aimé travailler dans le foot, ou dans le rap, ce sont deux autres passions. J’aurais bien aimé être rappeur, j’aurai même plus kiffé qu’humoriste.

Ça se rapproche un peu en plus.

Oui, dans l’écriture, après c’est une autre façon d’aborder ce que tu veux dire sur scène. Moi, là où je me sens le plus à l’aise, c’est quand je fais des blagues, mais la finalité est la même. Mais oui, soit le rap, soit le foot, j’ai déjà eu l’occasion de travailler dans quelque chose qui ne me plaît pas et c’est horrible.

Crédits photos : Laura Gili

La rigueur d’écriture

Avec toute cette inspiration, est-ce que tu as déjà ton propre spectacle ?

Pas encore, je bosse dessus, un spectacle c’est une heure. Je pense que je pourrais avoir une heure de vannes, mais ça ne serait pas un truc dont je serais content. Je préfère prendre plus de temps, mais le jour où j’ai une heure, c’est quelque chose qui peut durer deux trois ans, pas un spectacle que je jette au bout de 6 mois parce que c’est mal travaillé.

Tu improvises sur scène ?

De temps en temps, il y a des mecs qui improvisent beaucoup, qui ont plein d’idées et qui sont plus à l’aise avec ça, mais moi je suis plus à cheval sur l’écriture. Donc j’apprends mon texte par cœur avant d’arriver sur scène, mais je ne fais pas trop d’improvisation. Je préfère tester ce que j’ai écrit, je pense que quand tu réfléchis avant, c’est mieux que si tu le sors comme ça.

Combien de temps te prend l’écriture ?

Je ne peux pas vraiment te dire. Parfois, tu écris une blague et elle marche direct du coup tu la gardes. Parfois, tu écris un quelque chose, tu sais que ça du potentiel et il faut juste que tu changes un mot pour que la blague fonctionne. Donc ça dépend, je note beaucoup sur mon téléphone aussi. En fait, ce n’est pas l’écriture qui prend le plus de temps, c’est surtout la réflexion qu’il y a en amont.
Avant je racontais des trucs sur Tinder qui faisaient rire les gens, mais je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas énormément de fond.

Et puis en faisant ça, tu peux courir le risque de ressembler à d’autres humoristes...

Oui bien sûr, avoir du rire facile c’est bien, c’est rassurant, mais maintenant ça ne m'intéresse plus. J’essaie vraiment de développer autre chose, d’avoir un truc innovant. En plus, tout est important, la façon dont tu t’habilles sur scène, la façon dont tu te déplaces... Il faut vraiment trouver sa singularité, c’est déjà dur de trouver des sujets qui n’ont pas été abordés alors si en plus tu le fais mal...

                        « Il est difficile de faire rire sur des sujets sensibles »

Il y a des artistes qui misent quasiment tout sur leur gestuelle...

Oui c’est sûr, après moi je ne bouge pas encore trop, je mise vraiment sur le texte, mais tout compte, même le silence. J’ai déjà raté une blague parce que j’avais attendu trois secondes au lieu d’une. C’est comme une musique en fait.

Le Campus Comedy Tour, une bonne expérience

Quel est ton meilleur souvenir ?

Je pense que c’est la Cigale pour le Campus Comedy Tour il y a trois semaines. Et ce qui est fou, c’est que je venais de faire un autre concours étudiant qui s’appelle l’Arti'show. J’étais en finale aussi et j’ai gagné le prix du jury le vendredi, et ensuite j’ai gagné le Campus Comedy Tour le samedi. Donc c’était un bon week-end.

Est-ce que ton école t’a aidé pour participer au Campus Comedy Tour ?

Cette année, c’est moi qui leur ai proposé, sachant que je ne connaissais personne à l’association qui s’occupe de ça à mon école. Disons que l'école a validé le projet oui. Je pense que j’ai fait 95 % du travail : j’ai loué le matériel, démarché auprès d’un humoriste pour qu’il vienne à l’école, j’ai trouvé des partenariats. Au final je suis content, c’est un truc qui me tenait vraiment à cœur.

                        « En vivre, ce serait mon but à la longue ».

Si tu nous conseillais d’aller voir un de tes concurrents du Campus Comedy Tour, tu nous conseillerais qui ?

Tous, et puis je ne dirais pas concurrents, je dirais partenaires parce qu’on a passé l’après-midi ensemble donc « gros respect à tous » parce que pour certains, c’était leur première grosse scène. Apparemment, c’était la première année que tous les candidats ont bien marché.

Tu t’en sors tout seul pour ta promotion ou participer à des concours ?

Là, je suis un peu dans la période où je dois démarcher pour trouver des scènes et donc jouer, les gens ne viennent pas te chercher. Du coup, peut-être que le titre un peu racoleur du gagnant du concours va me faciliter les choses. Mais la plupart du temps, je fais tout tout seul et je ne pensais pas, mais ce qui prend le plus de temps c’est la logistique, trouver des salles, contacter les gens. Ça ne laisse pas de temps pour écrire. Il faudrait que j’écrive, mais avec les cours, faire sa promo ça prend beaucoup de temps.

Peut-on rire de tout ?

Peut-on rire de tout… je crois que la réponse est oui, mais pas avec tout le monde. Je pense que ça dépend de comment aborde ton sujet.

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