Pierre-Nicolas Aubry, coup de cœur du défilé Mod'Art 2017

Mardi 6 juin dernier, Pierre-Nicolas Aubry a conquis des grands noms du monde de la mode lors du défilé Mod'Art révélant le talent de 14 étudiants en Bachelor stylisme & modélisme. 14 collections, 14 univers renversants.

Diplomeo avait rendez-vous aux Salons Vianey, le long des quais de Seine, pour le « Défilé annuel de Mod'Art International ». Par ce titre, on pouvait être tenté d’entendre simple présentation du travail d’étudiants passionnés de stylisme accompli au cours de l’année scolaire. Mais lorsque l’on pénètre dans cette immense salle, comble bien avant l’heure officielle et bordée de 500 sièges en velours, l’événement prend toute de suite des allures de haute-couture.

« L’événement incontournable de la mode étudiante »

C’est de cette façon que le défilé 2017 de Mod'Art nous est tout de suite présenté dans le Programme de la soirée, qui ne manque pas de nous donner l’eau à la bouche. On prend connaissance des noms de chaque collection... qui ne nous spoilent pas le spectacle pour autant ! Subtils, extravagants ou totalement loufoques, ils laissent libre cours à notre imagination !

Viennent alors les premiers mots de la directrice de l’école, dans lesquels on perçoit toute la charge émotionnelle de l’événement. Et pour cause, l’enjeu est de taille ! Les 14 étudiants-créateurs du bachelor stylisme & modélisme de l’école ont travaillé toute l’année pour passer du concept à la création des vêtements.

En cette soirée de mai, l’heure est enfin venue pour eux de présenter, certes, le fruit de leur travail à leurs proches, mais surtout, d’être soumis à l’appréciation d’un jury de haut vol. Kenzo, Courrèges, Antoine et Lili, Sixth June... autant de maisons représentées par les membres du jury, susceptibles de participer à leur ascension. OK, on comprend, la pression est au rendez-vous pour les 14 étudiants internationaux. 500 personnes autour du podium ? Ah oui, quand même... La pièce se calme, place au show...

Le défilé : un méli-mélo bourré de talent

C’est sur des notes familières à tous les jeunes que commence le défilé : rythme sympa, couleurs printanières, la première collection de la soirée, « T’es pas mon genre », signée Anaïs Lary, donne le ton. Ses créations s’inspirent du mouvement des FEMEN, bluffant ! Émotion visiblement partagée, car la salle n’est pas avare d’applaudissements !

Des mannequins (d’une académie spécialisée), mis en beauté par des écoles de maquillage, de coiffure et de conseil en images, revêtent les pièces des collections de chaque créateur. Le nombre de tenues différentes pour chaque collection nous parait impressionnant au vu du travail que semble représenter une seule d’entre elles !

Les hommages pleuvent dans l’allée centrale de la pièce : entre autres, aux migrants avec « Filles du Calvaire » de Marion Cormont, aux films « Shining » et « Sin City » avec « Red Rum » de Doris Roland, à Pierre Soulage avec « Noir » de Yiming Huang... et au hip-hop des années 90 avec « Notre art est le reflet de notre réalité » de Pierre-Nicolas Aubry. On entend des « Bravo », des « Waw »... Bref, on se dit qu’il nous serait compliqué de les départager. Alors oui, nous, on redoute le palmarès... 

Et les prix du défilé Mod'Art 2017 reviennent à...

Après plus de 30 minutes, Estelle Herbet, responsable du défilé, remercie les étudiants de sa promotion, applaudis généreusement par le public... et on a sincèrement l’impression qu’ils font partie d’une même famille ! Enfin, le premier résultat tombe : c’est Alisson Egnichie qui remporte le Premier prix avec sa collection « Authentic », exclusivement réalisée avec du jean. Et le Prix coup de cœur revient à Pierre-Nicolas Aubry, avec sa collection « Notre art est le reflet de notre réalité », rendant hommage au hip-hop des années 90. Aujourd’hui, ce créateur prometteur répond aux questions de Diplomeo.

Interview de Pierre-Nicolas Aubry, prix coup de cœur du jury

Peux-tu te présenter ? Quel a été ton parcours avant le bachelor de Mod’Art ?

J’ai 20 ans. Je suis né à Paris, mais j’ai grandi en Eure et Loire (28) à Voves, une petite ville près de Chartres. Avant Mod’Art j’ai fait un BAC STMG (Sciences et Techniques du Management et de la Gestion), puis j’ai directement intégré Mod’Art après l’obtention du baccalauréat.

Une collection qui dissimule un message fort 

Qu’as-tu voulu transmettre avec cette collection ? Et quelles sont tes sources d’inspiration ?

Ma collection est partie d’un film : Straight Outta Compton, qui raconte l’histoire du groupe de gangsta Rap, NWA. C’est depuis que j’ai vu ce film que j’ai trouvé mon style et mon orientation dans la mode, mais aussi au quotidien comme pour la musique.

« Pour créer ma collection, j’ai voulu, comme eux, intégrer des messages qui reflètent notre société d’aujourd’hui, que ce soit le racisme, le terrorisme, etc. »

Cette collection est une sorte d’hommage. NWA luttaient contre une cause qui les touchait personnellement et ont donc pris parti pour toute la communauté noire en faisant comprendre par des textes violents et impactants, leur haine envers les forces de l’ordre qui les persécutaient gratuitement en pleine rue chaque jour à cause de leur couleur. 

Pour créer ma collection, j’ai voulu, comme eux, intégrer des messages qui reflètent notre société d’aujourd’hui, que ce soit le racisme, le terrorisme, etc. À mon tour, je dénonce les problèmes de notre société avec des propos durs que je cache dans mes vêtements à l’aide du morse, pour interpeler et attirer la curiosité des consommateurs, pour qu’ils aient envie de décrypter ces messages.

À travers cette collection j’ai voulu rétablir la vérité et transmettre des valeurs, dire ce que tout le monde pense tout bas. Comme Dapper Dan, mais dans la légalité et la modernité, j’ai voulu moi aussi associer le luxe et le street, qui d’habitude s’opposent, pour créer une collection unique et comme pour un texte de rap, établir un rythme et une harmonie.

Quand et comment as-tu travaillé sur cette collection ? À qui s’adresse-t-elle ?

J’ai commencé à travailler sur cette collection au début de l’année scolaire (en octobre). J’ai dans un premier temps établi des croquis et des mood board (pages d’ambiances) qui m’ont servi à faire évoluer au fur et à mesure mes idées.

Pour cette collection j’ai choisi de développer le streetwear homme haut de gamme parisien comme NWA ou encore RUN-D.M.C l’ont fait aux États-Unis dans les années 90, et intégrer mes connaissances à la française que j’ai pu acquérir auprès de mes 2 précédents stages chez Dior.

« Le streetwear est un état d’esprit et donc peut être porté par tous ceux qui s’identifient à ce mouvement. »

C’est une collection haut de gamme qui contient des matières de qualité supérieure comme le cachemire et la flanelle. Il y a aussi des découpes et les empiècements présents dans les vêtements. Pour urbaniser les pièces, j’ai travaillé sur les imprimés en les rendant XXL. Je les ai pixélisés et j’ai créé un effet pointillisme pour qu’à première vue, on ne comprenne pas ce que c’est, et ainsi attirer encore une fois la curiosité chez l’acheteur, mais de manière à ce qu’en se rapprochant ou en s’éloignant, on puisse comprendre. Les volumes de mes pièces sont « oversize » et confortables dans l’ensemble. Ils ont une apparence urbaine, mais à la fois chic.

Ma collection ne vise pas une clientèle précise. Le streetwear est un état d’esprit et donc peut être porté par tous ceux qui s’identifient à ce mouvement. Cette collection représente ma personnalité.

L’école t’a-t-elle aidé pour le défilé et la création de ta collection ?

Mes professeurs m’ont accompagné tout au long de l’année grâce à leurs conseils et leurs critiques positives et négatives. Ils m’ont poussé à aller à chaque fois au plus profond de moi pour renforcer mes idées et mes choix. C’est grâce à Mod’Art que l’on a tous pu présenter notre collection devant des professionnels ainsi que des gens extérieurs. En ce qui concerne la création, c’est moi qui ai tout réalisé que ce soit les vêtements, les dossiers de style (fiches techniques, plan de collection, dossiers accessoires, mood board) ou encore le journal de recherche, la recherche des matières, le portfolio etc. Chacun devait réaliser tout de A à Z.

Un prix qui laisse entrevoir de belles perspectives

As-tu toujours voulu travailler dans la mode ? Que représente ce prix pour toi ? 

C’est à partir du lycée que j’ai commencé à m’intéresser à ce domaine. Pour moi, ce prix représente l’aboutissement de 3 années de travail intensif et la satisfaction de ne pas avoir investi tout ce que j’avais pour rien. C’est pour moi la meilleure façon de prouver à tout le monde et surtout à ceux qui m’ont souhaité de ne pas réussir que je pouvais y arriver. J’ai vraiment trouvé ma voie et c’est ça le principal. Et je suis d’autant plus heureux quand je vois que ma collection a eu du succès auprès du jury de professionnels, mais aussi auprès des spectateurs du défilé.

Quels sont tes projets désormais ?

Désormais, je souhaite faire mes armes en entreprise pour avoir toutes les cartes en main pour être un excellent styliste. J’ai envie d’acquérir le plus de savoir-faire que je peux recevoir.

J’ai aussi un second projet que je vais lancer prochainement avec un « management » de Mod’Art qui est devenu un ami. Les « managements » devaient réaliser un projet sur un créateur et ainsi créer nos vidéos que vous avez pu voir en début de défilé, ainsi que des prévisions et des mises en place pour développer les marques de chacun. De ce fait nous avons créé des liens amicaux grâce à nos goûts en commun. Il a d’ailleurs défilé pour ma collection. Nous avons donc décidé en plus de nos parcours respectifs que nous allons poursuivre, de créer cette marque à deux et espérer qu’elle aille le plus loin possible.

Quel serait ton rêve ultime ?

J’en ai plusieurs. J’aimerais me faire un nom et emmener ma marque le plus loin possible pour, peut-être un jour, habiller mes rappeurs préférés. Mon but ultime aussi serait d’évoluer aux côtés de Kris Van Assche, chez Dior homme, et pourquoi pas lui succéder un jour...

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