ESCE : Deux étudiants créent OOKUP, le marché boursier des sneakers

« Il faut de tout pour faire un monde et il nous faut nos sneakers pour faire le nôtre ». Yann et Clément sont étudiants à l’ESCE. En février 2018, ils ont été lauréats du prix Urban Linker du concours Digiprize pour leur « marché boursier des sneakers ».

Si vous recherchez OOKUP dans Google, vous tomberez sur ce site bleuté au design élégant présentant un concept détonnant : un marché boursier des sneakers. C’est le projet ambitieux porté par Yann et Clément, respectivement étudiants en 3e année et en master 2 à l’ESCE International Business School. Les deux entrepreneurs en herbe bien dans leurs baskets nous présentent leur plateforme !

Pourriez-vous nous présenter OOKUP en quelques phrases ?

OOKUP est le marché boursier des baskets ou des sneakers comme on dit dans le jargon. C’est une bourse où vous pouvez acheter et vendre vos paires préférées, neuves ou d’occasions et garanties 100 % authentiques. C’est un service innovant, intuitif, qui permet à chaque amateur ou collectionneur avéré de se procurer ou d’investir dans une paire qui lui tient à cœur. La petite innovation étant notre algorithme qui analyse l’offre et la demande en temps réel et qui permet de créer le cours de chaque modèle sur le marché secondaire.

« On trouve beaucoup de contrefaçons sur les sites de ventes en ligne comme eBay et Le Bon Coin. Résultat : les gens évitent ces plateformes. »

Pourquoi avoir créé un « marché boursier des sneakers » ?

Dans un premier temps, nous nous sommes rendu compte que le positionnement des grandes marques de baskets avait migré vers une politique d’éditions plus limitée, ce qui avait déclenché un engouement pour les sneakers. En tant que collectionneur de sneakers, on peut vous dire qu’acheter et vendre ses sneakers n’est pas chose aisée. On trouve beaucoup de contrefaçons sur les sites de ventes en ligne comme eBay et Le Bon Coin. Résultat : les gens évitent ces plateformes. La communauté se rassemble donc sur différents groupes Facebook qui regroupent au total plus de 200 000 personnes en France.

« Quand une paire est vendue, le vendeur nous envoie la paire pour que nous l’authentifiions et l’acheteur nous envoie l’argent. »

Malheureusement, même au sein de cette communauté, il y a des personnes mal intentionnées, et des arnaques en tout genre refont souvent surface. Nous avons donc créé cette place boursière dans un souci de transparence, d’efficacité et d’anonymat !

Quand une paire est vendue, le vendeur nous envoie la paire pour que nous l’authentifiions et l’acheteur nous envoie l’argent. Une fois la paire authentifiée, nous envoyons la paire à l’acheteur et débloquons les fonds au vendeur. Le vendeur n’a pas les coordonnées de l’acheteur et vice-versa.

Pourriez-vous faire le portrait de votre ou de vos « clients types » ?

Parmi les clients types se trouvent deux types de profils :

  • Le sneakers addict. Généralement étudiant, 15-30ans, et/ou accro à la mode, aux sneakers. Tout son argent de poche passe dans ses baskets et il veut toujours avoir les dernières paires tendances du moment à ses pieds.
  • Le Trader, ou receleur comme on dit dans le jargon de la communauté (dont le sens a été détourné de son sens premier). Il y a des gros et des petits receleurs, des étudiants, des particuliers qui travaillent déjà et même certains qui vivent de ça ! Leur objectif est d’acheter et de vendre un maximum de sneakers au meilleur prix.
« Notre cible c’est surtout la génération Z »

On peut vous donner un exemple avec la dernière paire tendance qui est sortie le 3 mars dernier. Il s’agit de l’Air Jordan X Off White. Elle coûtait 180 € en boutique. Sur le marché secondaire, vous pouviez en acheter une à partir de 1 200 €, soit un retour sur investissement de plus de 500 %. Imaginez ces chiffres avec 2, 5, 10 paires en mains…

Bref, pour faire simple, notre cible c’est surtout les jeunes de la génération Z, de par leur aisance numérique qui trouvent sans arrêt de nouvelles choses à faire avec internet et les nouvelles technologies.

Où et comment avez-vous travaillé sur ce projet ?

« Le plus dur était vraiment de franchir le pas dans cette aventure entrepreneuriale dans un moment où le timing paraissait le moins propice. »

Nous avons commencé à travailler dessus pendant notre temps libre après nos cours à l’ESCE pour Clément et après le stage pour Yann. Autant dire que ça ne nous laissait pas beaucoup de temps et c’était assez compliqué ! Très vite, nous avons su qu’il fallait nous entourer de compétences techniques et nous avons fait appel à notre réseau qui a pu nous mettre à disposition une équipe hors du commun qui comporte aujourd’hui : 2 développeurs, 1 graphiste et 1 ingénieur... ainsi que des membres influents (administrateurs de groupe Facebook, photographes, journalistes, boutiques…) de la communauté sneakers. Le plus dur était vraiment de franchir le pas dans cette aventure entrepreneuriale dans un moment où le timing paraissait le moins propice (stage, rapport de stage, partiels…). Finalement nous nous sommes lancés et en sommes très fiers aujourd’hui !

Vos professeurs vous ont-ils aidés ?

Tout à fait ! Nous avions eu des cours de marketing avec un professeur tourné vers l’entrepreneuriat qui avait déjà monté différentes startups. Nous sommes naturellement allés lui demander conseil. Convaincu de notre projet, M.Won nous a apporté tout son savoir et toute son expérience. Il est devenu aujourd’hui notre mentor et nous faisons régulièrement des suivis avec lui. Il nous a notamment aidés sur le business plan, mais aussi sur le pitch et les recherches de financement !

Que représente ce prix pour vous et quelle est la prochaine étape pour OOKUP ?

« UrbanLinker va nous aider à recruter nos prochains collaborateurs et nous mettre en relation avec diverses entreprises qui travaillent justement dans la distribution de sneakers. »

Ce prix est dans un premier temps une vraie reconnaissance pour nous, mais aussi une belle vitrine pour notre projet et notre école qu’est l’ESCE. Mais c’est surtout un tremplin puisqu’UrbanLinker va nous aider à recruter nos prochains collaborateurs et nous mettre en relation avec diverses entreprises qui travaillent justement dans la distribution de sneakers. Pour nous, ce prix marque surtout notre grand départ dans cette aventure. Actuellement, nous rentrons en phase de bêta-test et le lancement officiel d’OOKUP est prévu pour le 2 avril 2018.

En parallèle, nous sommes en train de monter des dossiers pour rechercher des financements, car quoi qu’on en dise, le nerf de la guerre c’est l’argent, et ce n’est pas un cliché de dire que l’étudiant lambda est fauché...

Et sinon... vous portez-vous tous les jours des sneakers ?

Tous les jours ! Les sneakers c’est bien plus que des chaussures, c’est une véritable culture pour nous. C’est devenu l’objet d’un culte fétichiste ! Pour obtenir la dernière paire tendance, c’est devenu un parcours du combattant, alors on se sent privilégiés quand on les porte. C’est aussi pour nous l’une des seules parties du corps où l’on peut vraiment laisser place à son imagination. C’est vraiment le prolongement de notre corps et de notre personnalité. Même en costume nous portons des sneakers pour vous dire ! C’est une addiction mondiale : les puristes les collectionnent et ceux qui veulent se faire de l’argent de poche les achètent et les revendent.

Clément : Je suis un vrai collectionneur, j’en possède une centaine.

Yann : Moi, je suis entre la collection et la revente des baskets, ce qui me permet de largement subvenir à mes besoins d’étudiant.

Si vous étiez une paire de sneakers, quel modèle seriez-vous ?

Yann : Je serais sans aucun doute une paire de Nike Blazer X Off White. Dépourvue de technologies révolutionnaires et dotée d’un design tout ce qu’il y a de plus basique, la Blazer n’était pourtant pas vouée à un destin si glorieux. Je suis tombé amoureux de cette paire quand tout le monde la détestait et maintenant que Virgil Abloh, un designer américain, a posé son empreinte dessus, tout le monde se l’arrache. Je la considère un peu comme l’antihéros des sneakers. Elle me ressemble beaucoup sur ce point puisque personne ne s’attendait à ce que j’aie mon BAC ES, que je sois étudiant en école de commerce, que je devienne entrepreneur et que je sois lauréat du Digiprize. Elle a un côté déstructuré qui rappelle mon côté marginal. Elle coutait 125 € lors de sa sortie et il faut aujourd’hui environ 500 € pour mettre la main dessus.

Clément : Moi, je serais une paire de Nike Mag, c’est mon Graal absolu. C’est la chaussure qui m’a fait aimer les sneakers et grâce à laquelle j’ai commencé à m’intéresser à ce milieu. C’est la paire que vous pouvez apercevoir dans le film « Retour vers le futur », elle est intemporelle.

Pensez-vous que le monde serait meilleur si tout le monde portait des sneakers ?

« La sneakers est multi-usage, et c’est un véritable objet de mixité sociale. »

Nous ne pensons pas que le monde serait meilleur si tout le monde portait des sneakers mais nous pensons que le monde serait meilleur si plus de monde portait des sneakers. Les sneakers nous font nous sentir bien dans nos baskets et c’est génial puisqu’on oublie d’autres complexes en les portant. Il faut de tout pour faire un monde et il nous faut nos sneakers pour faire le nôtre. Pendant trop longtemps, la basket a eu un mono-usage : une paire pour travailler, une paire pour courir et une paire pour le week-end.

La sneakers est multi-usage, et c’est un véritable objet de mixité sociale. Vous n’avez qu’à vous rendre dans une file d’attente chez Foot Locker ou Adidas pour une grosse sortie, vous constaterez que tous les milieux sociaux sont représentés. Tout le monde s’y retrouve et aujourd’hui les marques de luxe font aussi des sneakers... étrange quand on sait que les sneakers sont issues du milieu populaire ! Les sneakers sont devenues une religion, un élément d’identité.